Mardi 3 juillet 2007 2 03 /07 /2007 13:58

L'eider à lunettes (somateria fisheri)   

 

 

Distribution :

 

Côte occidentale de l'Alaska plus abondants dans le delta du Yukon, côtes de Russie.

 

Caractéristiques Physiques:

 

Dimorphisme très apparent; les ailes du mâle sont légèrement plus longues avec 255 à 267 mm pour 240-250 mm à la femelle. Le poids diffère peu, les mâles 1.630 kg pour 1.600 kg pour les femelles.

Ils sont très différents des autres espèces d'eiders, ne serait-ce de par la couverture de plume (orangée clair pour le mâle et gris bleu chez la cane) qui couvre le bec jusqu'au niveau des narines.  Les pattes sont jaune claire chez les deux sexes.  Passons outre la description de la livrée, les clichés parlent d'eux-mêmes, mais notons tout de même ce qui donne tout le caractère de cette espèce : le cercle de plumes brun noir qui cerne l'oeil.

Habitudes alimentaires :

Dans le milieu naturel, ces oiseaux sont éclectiques dans le choix des aliments et plutôt omnivores.  Une grande partie de ce régime est constitué de mollusques (couteau, clamps, etc.), mais ils y ajoutent des végétaux (herbes, jeunes pousses et algues).  Les juvéniles se délectent de petits animalcules (micro crustacés, larves, etc.).  Les eiders à lunettes ont une habitude particulière : ils mouillent la nourriture avant de l'ingurgiter.

en milieu naturel:

Les lieux de reproduction privilégiés sont situés sur les côtes ouest de l?Alaska et les cotes du nord est de la Sibérie.  Les couples ne se forment qu?à la saison de reproduction; ces couples se dissocient ensuite.  Après la parade, les appariements sont souvent observés à terre près des nids ou sur des pièces d'eau à la périphérie.  Les nids sont conçus d'herbes sèches.  La toundra accueille un bon nombre des reproducteurs.  Les pontes sont très souvent constituées de 4 à 5 oeufs, mais peut comporter 1 à 8 oeufs pondus à fréquence d?un par 24 heures.  Les canes s?absentent très peu des nids et les défendent farouchement.  L?incubation est de 24 jours et les jeunes sont autonomes après 55 jours. . Après la saison de reproduction, les eiders rejoignent les zones d?hivernage.  Ils ne se déplacent au ras de l?eau, qu'en petits groupes, de 2 ou 3 oiseaux quand  ils ne sont pas seuls (rareté oblige).  Ils ne sont vraiment grégaires que pendant la saison de reproduction.  Avant la diminution des effectifs mondiaux, on pouvait les observer en petites colonies. 

Statuts :

Devenus rares dès 1970 et déclarés vulnérables dès 1993, on pense qu'ils ne seraient plus que 150 000.  La chasse et le ramassage des oeufs furent les principales causes de leur déclin.  Des oiseaux collectés dans ces zones présentaient des traces de métaux lourds (sélénium, cadmium, etc.) et de césium 137 (0.079 Bq/g).  Aujourd?hui, on ne connaît pas bien ses quartiers d'hiver.  Si on préserve sa reproduction naturelle dans les zones connues, c'est beaucoup plus difficile dans les zones d'hivernage par méconnaissance (peut être en mer de Béring voire la frange sud de la banquise arctique (des oiseaux y ont été observés sur des glaces dérivantes).   La première reproduction captive n?eut lieu qu?en 1976.  En captivité les populations restent stables sans exploser.  Un autre eider fut dans la même position précaire : l'eider de steller (somateria stelleri) ; les dispositions prises par le Canada pour sa protection furent plus favorables à remonter les effectifs.

               Expérience d'élevage de l'eider à lunettes

 

C'est à Slimbridge que j'ai rencontré , pour la première fois, un eider à Lunettes, il était sur une pelouse en fleur, je l'ai observé assez longuement, je l'ai pris en photo, j'étais  tout excité de pouvoir approcher de si près un tel oiseau que je n'avais pu contempler que dans les livres. C'était un beau mâle, la cane était dans l'eau, un peu plus loin, il n'était pas farouche et se laissait approcher de très près sans toute fois pouvoir le toucher, j'étais heureux . . . J'ai su à cet instant qu'un jour viendrait où je pourrai l'admirer chez moi. Je discutais, bien entendu, de cet objectif avec mes fils Grégory et Fabrice qui partagent cette passion et qui me poussent toujours à satisfaire de tels désirs, on les comprend !

 

 

Pour Grégory c'est la, première rencontre avec  un  mâle d'eider à lunettes au parc de Sir Peter Scott à Slimbridge.

 

Quelques années se sont écoulées, notre expérience en matière d'élevage d'eider à duvet  s'est affirmée, nous nous sentions prêts pour nous lancer dans cette aventure. Les échos que nous avions sur les expériences de détention n'étaient pas très favorables, l'espèce est particulièrement sensible  à l'aspergilose,  la mortalité est importante. Nous avons rencontré des éleveurs ayant tentés l'expérience sans résultats, en y laissant des « plumes » si vous me permettez l'expression. Ces nouvelles freinaient momentanément nos ardeurs, mais il faut dire qu'à chaque fois qu?il nous a été donné de voir cet oiseau, en particulier chez Makins, chez Zabell, à Walsrode, chez  Kooy, la passion reprenait le dessus, et les freins se desserraient.

Tout vient à point à celui qui sait attendre.

Un concours de circonstances nous permis de rencontrer un Allemand qui élevait des eiders à lunettes, celui-ci nous expliqua qu'en fait tout était lié à la nourriture de l'oiseau et que la mortalité rencontré pouvait être due à une poussée d'aspergillose dans certain cas, mais qu'il ne fallait pas sous estimé les candidoses qui peuvent être aussi à l'origine d'une mortalité importante. Selon lui la nourriture disponible n?est pas bien adaptée à ces oiseaux d?origine sauvage qui développent, dès que l'occasion se présente, une candidose ou une aspergillose. Il faut être vigilant et ne pas tolérer la moindre moisissure dans les parcs. Ludger, c'est son prénom, nous  expliqua qu'il avait  travaillé, en collaboration avec des vétérinaires et des spécialistes de la nourriture de la faune sauvage, à l'élaboration d'un nouvel aliment adapté aux exigences des oiseaux marins, depuis qu'il nourrissait plongeons, macareux, guillemots, eiders à tête grise eiders à lunettes, harelde de Miquelon, et j'en passe, un certain nombre de problèmes avaient été résolus, la mortalité était beaucoup moins importante.  Il n'en fallait pas plus pour nous convaincre. La décision fut prise de lui retenir un couple d'eiders à lunettes. Nous sommes convenus que la période la mieux adaptée au transport serait la fin de l'année. Voila une affaire bien engagée.

 

 

 

Le jour « J » était arrivé, c'était le 28 octobre, nous avons fait près de quatre cents kilomètres pour rencontrer notre éleveur. Nous avons choisis notre couple après avoir passé quelques heures en compagnie de Ludger. Nous avons visité les installations et beaucoup discuté d'élevage, mais je ne veux pas m'étendre sur le sujet car il y aurait beaucoup à écrire. Nous sommes rentrés le jour même tardivement, et ce n'est que le lendemain matin que nous avons placé notre couple dans un parc adapté aux exigences de la détention d'un tel oiseau c'est à dire une eau fraîche et propre.

Le couple s'est adapté très vite au parc en compagnie d'un couple de macreuses brunes  d'un couple de harles huppés et d'un couple de garrots albéole.

Dans une mangeoire suspendue au dessus de l'eau nous avons mis de l'aliment Lundi exquisit, seule nourriture que nos oiseaux puissent trouver dans le parc. Une précision qui a beaucoup d'importance, le parc est très ombragé, c'est un point qu'il ne faut pas négliger si vous décidez de tenter l'expérience. Les eiders supportent mal la chaleur d'une manière générale et l'eider à lunette en particulier. Nous avons vécu des moments difficiles durant l'été car bien qu'ayant de l'ombre, quand la température extérieure passe les trente degrés on constate qu'ils ouvrent le bec pour respirer. Dans ces moments là on peut tout craindre, si l'oiseau n'est pas en bonne condition, il peut en  mourir.

 

La première année se passa sans problème, nous avons vécu de grands moments tellement ces eiders sont peu farouches, d'un naturel très curieux, ils viennent vers vous dès que vous vous approchez du bassin, la cane vous « parle » et ses mouvements de tête sont autant d'interrogations  qui ne trouvent pas de réponses.

 

 

Fabrice peut jouer avec la femelle, et pourquoi pas se baigner avec elle !

 

En juin, la cane de harle huppé pondit son premier oeuf à l'extérieur du nid  dans l'herbe, le couple d'eiders à lunettes s'accapara l'oeuf, et la cane ramena tous les matériaux qu'elle pouvait trouver pour faire un nid, le mâle participait aussi à l'effervescence du moment. A n'en pas douter l'instinct maternel de la cane était là et la couple était bien formé. Autre point qu'il faut signaler, c'est la mue qui n'en finit pas, la première année, le plumage n'est jamais très uniforme, on se pose des questions, mais c'est tout à fait normal.

 

 

On peut admirer le cou du mâle

 

 

La cane est très belle.

 

Dès le mois d'octobre notre mâle devient magnifique ses « lunettes » sont bien marquées, le plumage qui descend sur le bec est  jaune vert et se termine comme un bourrelet blanc, passant légèrement au dessus des narines. Le dos est blanc, le jabot et le reste du corps sont noirs. La cane très belle, bien marquée, avec des nuances de marron foncé et de beige  contraste avec le mâle. La première mue est un moment très attendu parce que le  mâle se met enfin en couleur, on peut l'admirer comme il se doit, cela dit la mue est toujours  une période à  surveiller car on peut avoir de mauvaises surprises. . . 

 

 

 

 Attitude classique de la femelle qui demande le mâle

 

Pour notre couple tout s'est très bien passé le mâle commençait à parader, après un mouvement de la tête en arrière il émet un son grave et caverneux à la fois, la cane s'active sans cesse autour de lui et le pousse sans arrêt comme si elle voulait qu'il s'occupe d'elle. Vers le début de mai  nous étions très surpris de constater  qu'elle s'arrondissait, discrètement certes, mais c'était une réalité, nous caressions donc l?espoir d?avoir une ponte.  Effectivement elle s'activait autour d'un nid bordé de pierre avec de la tourbe et du foin.

 

 

La cane au nid .

 

Le 19 mai 2001 nous trouvions un oeuf dans le nid, un bel oeuf de couleur vert clair de la taille d'un oeuf de bernache à cou roux. Le lendemain il y avait un deuxième oeuf, au septième jour de ponte il y avait six oeufs et la cane se mit à couver. Inutile de vous dire que la surveillance était très rapprochée, nous nous demandions si les oeufs étaient fécondés car le couple avait deux ans et par expérience avec les eiders à duvet on sait que le mâle n'atteint sa maturité sexuelle qu'à l'âge de trois ans. Au dixième jour nous décidions de mirer les oeufs, cette manipulation était d'autant plus facile que la cane sortait du nid de temps à autre pour aller se nourrir, c'est là un comportement nouveau par rapport aux eiders à duvet qui ne quittent pas le nid. Avec le mire oeuf à piles, extrêmement pratique, nous pouvions mirer les six oeufs, un seul oeuf était fécondé, nous étions au comble du bonheur car je n'espérais rien. Pour ne pas perturber la cane qui venait défendre le nid sans grande d'agressivité, nous lui laissions quatre oeufs.  Le dimanche 17 juin, jour de la fête des Pères, mon fils Fabrice allait contrôler le nid  le jour de la naissance devait arriver. .

 

 

 

 

Notre premier petit eider né le jour de la fête des pères quel cadeau !

 

Le petit eider venait de naître, il était encore mouillé. Fabrice l'enlevait à la mère et nous le placions dans l'éclosoir pour le faire sécher, désolés de n'être pas arrivés avant l'éclosion. Le lendemain nous le mettions dans une éleveuse avec un goutte à goutte de la semoulette et du micro lundi, l'éleveuse avait été désinfectée pour éviter tous problèmes. Le caneton, qui semblait un peu fragile le premier jour, se mit à manger et dès le lendemain devenait bien vigoureux. Il était magnifique, ses lunettes étaient bien dessinées et tout se passait sans problème. Un ami qui avait eu des jeunes l'année précédente, c'est d'ailleurs le seul en France, à ma connaissance qui a une expérience d'élevage me conseilla de mettre le jeune eider avec les parents  après une quinzaine de jours dès que le plumage commence. Effectivement la croissance est assez rapide nous l'avons baguée au dix huitième jour c'était une femelle, après quoi nous sommes allés la mettre avec les parents. Dès qu?ils ont entendu le petit cri du poussin ils sont venus vers lui et ne l?ont plus quitté, l'entourant de toute leur attention. Ce fut un grand moment d'émotion et je savais que la partie était gagnée. Nous ne pouvions pas élever seul ce petit eider, il fallait que ses parents lui fasse son « éducation », le problème eu été différent si nous avions eu une nichée complète on aurait pu les laisser ensemble.

 

 

 

Elle est devenue très belle.!

 

La petite cane poussait sans aucun problème et devenait aussi familière que ses parents.

Nous décidons de l'achat d'un jeune mâle pour reformer un couple, dès l'automne ce fut chose faite, et nous placions le jeune mâle avec la jeune femelle et le couple reproducteur. Tout allait bien le printemps arrivait et la saison pleine de promesses. La jeune cane me semblait très active et tournait beaucoup autour de son père repoussant même la mère. Nous laissions faire sans nous poser trop de questions. Le temps de la ponte arriva, le 20 mai la cane pondait son premier oeuf, le jour suivant le deuxième puis le troisième, le quatrième jourun oeuf avait été cassé, c'était l'oeuvre d'une pie, nous retirions les trois oeufs, la cane perturbée n'a pas pondu le cinquième jour, ni le sixième, au septième jour nous retrouvions un oeuf cassé, le huitième jour nous arrivons juste après la ponte et pouvions récupérer l'oeuf. C'était le sixième oeuf pondu et le quatrième sauvé. Nous ne pouvions pas prendre le risque de les remettre  dans le nid, la décision fut prise de les mettre sous une cane mignon qui couvait dans un endroit moins accessible aux pies. Notre cane d'eider était manifestement perturbée et cherchait un autre endroit, la ponte continua, nous retirions les oeufs au fur et à mesure en laissant à chaque fois un oeuf de substitution, mais la cane n'était pas dupe, elle changeait de nid chaque jour. Après le neuvième oeuf, elle se mit à couver. En fait c'était le quinzième oeuf pondu. Nous lui placions les oeufs sous elle en étant rassuré de la voir couver. Entre temps nous nous étions débarrassés des pies avec un piège. La cane couvait et sortait de temps à autre pour se nourrir, quelle ne fut pas ma surprise de voir la cane de harle huppé manger la coquille d'un oeuf d'eider à lunettes ! C'est en couveuse que les huit oeufs d'eider se sont retrouvés après deux ou trois jours d'incubation sous la mère. Que d'émotions !!! Après quelques jours nous avons mirés les oeufs, sur huit trois semblaient fécondés.

Pendant ce temps, sous la cane mignon, un oeuf était fécondé, la naissance en éclosoir ne fut pas facile, et le caneton vécu deux jours. Concernant les trois autres oeufs, un seul évolua normalement, une petite cane est née, que nous placions en éleveuse. Nous l'avons élevée comme la première, mais lorsque nous avons voulu la remettre avec les parents après 18 jours d'éleveuse, la réaction de la mère n'a pas été la même, elle ne s'est absolument pas occupée de la petite cane, sans doute parce qu'elle n'avait pas couvé, elle même assez longtemps. Je ne la laissais pas dans le parc et la mettais dans une éleveuse adaptée.

En conclusion, je peux dire que compte tenu de mon expérience personnelle qui est assez limitée, je pense que l'on peut, dans certaines conditions, détenir ces oiseaux. Il faut disposer d'un forage qui apporte en permanence de l'eau propre. Il faut de l'ombre, ensuite il faut dispenser une nourriture riche en protéines le Lundi exquisit par exemple.

Je pense que je n'aurai pas du laisser la jeune cane avec les parents, elle a manifestement perturbé le couple au moment de l'accouplement ce qui expliquerait la grande quantité d'oeufs clairs. On peut dire aussi que la cane peu pondre quinze oeufs sur une période de 20 jours. Ce qui est surprenant c'est qu'il n'y ait pas eu d'arrêt de ponte entre les six premiers oeufs et les huit autres.

J'espère qu'à l'avenir notre expérience pourra s'enrichir de nouveaux éléments qui permettront de faire avancer l'élevage et la détention de l'eider à lunettes.

 

Article publié dans la revue C.D.E et Aviornis Wallonnie.

 

Paul Marguier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                  

                          

Par Paul Marguier - Publié dans : Expériences d'élevage Oies-canards
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